Ce matin, j’ai été victime d’un attentat… laitier ! Un bon bol de lait chauffé par de petites micro-ondes qui s’attaque sauvagement à mes jambes = cri de douleur à la Paris Hilton…
27 secondes plus tard, ma moitié se réveille et me dit : « Ben bébé (ouais, c’est bon, no comment), qu’est-ce qui t’arrive ? » Rien, rien, je me suis renversé du lait sur moi, un peu chaud d’ailleurs… « Ah ! J’ai eu peur… ». Ok !
Après nettoyage de ma brulure au « presque » premier degré, direction le boulot, avec cette vague idée que ma journée va être pourrie…
D’ailleurs, une fois dans le RER B, ça n’a pas raté : Aucune lumière dans le train (sympa pour lire mon magazine Premiere que je viens d’acheter, et sutout, 4 ou 5 filles black dans le train avec les cheveux blonds/roux… Ceux qui me connaissent dans la vraie vie comprendront…
Là, j’arrive sur mon lieu de travail. C’est limite pas du jeu, vu que j’ai souvent droit à deux ou trois cas paranormaux par jour.
10h09 : Un mec arrive, me dit qu’il a rendez-vous à 14h00 avec quelqu’un de l’équipe…
Moi : »Désolé monsieur, mais ils vont pas pouvoir vous prendre maintenant »
Lui : « Donc je dois revenir à 14h00 ? »
Moi : « Oui monsieur »
Avec bien sûr la certitude qu’il ne sera pas là à l’heure dite… (Il reviendra d’ailleurs vers 15h40)
La journée continue assez bien (j’ai même plus mal aux jambes), et la tempête arrive à 15h06… Une femme arrive, avec un bébé près d’elle, et cherche a communiquer avec moi… Derrière les voyelles, je reconnais une italienne qui parle très mal le français. Je vous traduis un peu, car j’ai pas assez de caractères spéciaux dans l’ordinateur pour tout retranscrire…
Elle : « Je cherche un endroit où dormir, parce que j’ai plus d’endroit où dormir »
Moi : « Ah ? Mais vous savez, ici, on peut pas vous aider, c’est juste un centre de soins »
Elle : « Mais j’ai pas d’endroit où dormir avec mon bébé »
(Arrivée de la seconde tempête, que je retarde le temps de m’occuper de la première)
Moi : « D’accord. Vous etiez où avant ? »
Elle : « A l’hotel. J’ai accouché il y a dix jours »
Moi : « Et vous n’avez personne pour vous aider ? »
Elle : « Si, mon mari »
Moi : « … Et il est où là ? »
Elle : « Il était à Paris, mais il est reparti en Italie. Il m’a dit qu’il allait me passer de l’argent, mais pas maintenant »
Moi : « Bon, je vais essayer de vous trouver quelque chose »
Bien sûr, pendant cette discussion, le téléphone a sonné comme jamais, pour des raisons assez floues. Comme si on avait décidé de me mettre à l’épreuve.
Après 20 bonnes minutes à expliquer à la jeune maman les lieux où elle pourrait trouver de l’aide, je passe à ma seconde tempête.
Lui : « Je viens du Portugal. On a du vous envoyer un fax pour que je puisse être soigné ici »
Moi : « Par quel medecin ? »
(Arrivée de la troisième tempête, que je tempère aussi, puis 6 ou 7 millions de coup de téléphone en même temps)
Lui : « Je sais pas »
Moi : « Bon, je vais chercher »
Moi au téléphone : « Est-ce que vous savez pour blablabla… non ?… et blablabla ? Ah ? Mais il est parti à l’instant ? Blablabla… C’est pas de ma faute aussi… Blablabla… Vous vous en occupez ? Super ! »
Moi : « Voilà monsieur, quelqu’un va venir »
Là, à cet instant, j’ai l’impression d’être Julien Courbet dans « Sans aucun doute ». Affaire suivante.
Elle : « Mon mari…blabla… j’en peux plus… blabla… j’suis au bord du gouffre »
Moi : « Bon, je vais voir ce que je peux faire »
Moi au téléphone : « Oui, c’est encore moi… blabla… Oui, mais ça repond pas… blabla… Vous vous en occupez ? Super ! »
Et merde, le temps de jouer les supermans, la femme est partie… Dure la vie de super-héros !
D’un coup, je me dis que c’est quand même usant de voir autant de misère et de ne rien pouvoir faire en claquant des doigts. Les seules réponses que je commence à connaître dans mon job sont « je peux vous aider » et « je ne peux pas vous aider ». C’est triste à dire, mais c’est comme ça que ça marche…
J’ai les boules, le moral à zéro, donc j’essaie de me motiver !!! Allez Seb, plus que 90 minutes, et t’as fini le travail…
4 tours aux archives, 300 photocopies, 4 reliures non-professionnelles, 3 timbres à 0.53€, 3 timbres à 1.22€ et 94 minutes plus tard…
Ouais, j’suis dans le train !! Je rentre chez moi… Bon, comme chaque soir, le cruel dilemme : Je descends à Chatelet ou à Gare du Nord ???
Une fois à Chatelet, je découvre un petit souci : Il n’y a aucun train qui va plus loin que Goussainville. Or, la gare de ma dulcinée est juste après… Téléphone magique :
« Allo ? Ouais, c’est moi ! Tu pourrais venir me chercher à la gare de Gouss’ ? Ok, merci… »
Je monte dans le train, me disant qu’il va forcement m’arriver un truc de plus, et ça ne rate pas… Le train s’arrête completement entre deux gares, à cause d’un incendie. MAIS BORDEL !!! J’AI FAIT QUOI ???
Histoire de vous faire vivre ces instants, j’ai dégainé mon carnet et mon stylo pour vous pondre mes aventures in-train :
« Il est 18h37…
Bon, là, on est foutus ! Tout le monde s’impatiente, deux jeunes se levent et ouvrent la porte du wagon pour sortir, les gens parlent doucement dans leurs portables pour dire exactement ce que je suis en train d’écrire. Le conducteur prend le micro pour dire « Pour votre sécurité, veuillez ne pas ouvrir les portes. Je répète : veuillez ne pas ouvrir les portes », alors qu’au fond de lui, je sais qu’il a envie de dire « Bordel de merde ! Vous croyez que j’ai que ça à foutre de vous gardez avec moi dans un RER ! Demain, vous allez en chier, je vous jure ! » Et oui, demain, ils font grève.
Les gens se levent, vont devant la porte ouverte… et fument. Là, tout de suite, je repense au livre Windows on the World, de Begbeider, parlant des derniers instants d’un père et de ses enfants dans un immeuble du World Trade Center.
Ben moi, je suis dans un immeuble du WTC allongé, avec un incendie bien plus loin, mais sans la panique. En fait, c’est pas du tout la même chose.
Les téléphones s’éteignent ou alors les discussions ne sont plus les mêmes. Moi, je continue d’écrire. D’ailleurs, j’aime ça. Et ça me fait penser que j’ai dit à mes collègues que j’avais envie d’écrire un bouquin un jour…
Dans mon iPote, j’écoute le « Pump it » de Black Eyed Peas. Pour moi, la situation est calme. Je suis dans le train ? Je m’en fous. J’ai juste mal à la main, mais ça me fait parfois ça quand j’écris.
Et pouf ! Pile au moment où je ne sais plus quoi dire, le conducteur gueule au micro qu’on va bientôt repartir : « Putain, revenez dans le train ou je vous jure que je ne vous épargne pas sur mon passage ».
La sonnerie de départ retentit une bonne minute, et on a limite l’impression qu’on va décoller. D’ailleurs, des hotesses dans le RER, ça serait vraiment pas mal.
… Et encore une porte d’ouverte ! Au moment même où j’étais en train de jubiler sur l’idée que j’avais le look de l’écrivain qui laisse vivre son oeuvre à la terrasse d’un café… Jeune délinquant, tu m’as cassé mon rêve. Pour la peine, je te prend en photo.
Le conducteur hurle une bonne fois pour toutes, et redémarre. Je l’imagine bien à fracasser la tête de n’importe qui au lieu de regarder la Ferme 2 (Tiens, j’ai moins mal au poignet).
Bon, là, normalement, je devrais rentrer sain et sauf : il est 18h59, et je me vois déjà dire à ma petite femme que je vais devoir squatter internet un chouïa pour écrire le récit de ma longue journée.
Le train va à 3 km/h, on dépasse quelques piétons (?!?) pour arriver à la gare de Pierrefitte. Va-t-on repartir ? Deux secondes, j’appelle Lisa…
« Blabla… Gare Pierrefitte… blabla… aucune idée… blabla… oui, j’ai même ma DS… blabla… oui, je vais même l’écire sur mon blog ce soir »
Tiens, si un jour, vous devez sortir avec ma Lisa, finissez toujours vos conversations sur une mauvaise note.
Tournage de tête vers la gauche. Une fille blonde, en bleu, sur le quai d’en face. Ai-je envie d’écrire sur elle ? Non. Par contre, je la prends en photo.
Re-sonnerie de train. On s’en va… On va déjà un peu plus vite. Je me dis que j’ai quand même de la chance d’avoir un APN, un carnet, un stylo et mon iPote pour vous faire partager ses moments là. En parlant d’iPote, je vous mettrais le morceau que j’écoute actuellement dans ma prochaine playlist.
Tiens ? Déjà Sarcelles ? Encore deux gares, et j’y suis… J’y croyais plus…
Et là, je me mets à votre place. Je me dis qu’il n’y a plus rien d’interessant à dire. Alors je prends une dernière photo avant de rentrer…
Il est 19h11… »





