_S01E154 : Le retour de Vanessa
Il n'y a pas si longtemps, j'ai recroisé le regard de Vanessa dans le RER. Dame nature, je te remercie.
Vanessa représente à elle seule la totalité de mes rapports avec les
filles. A la fois simple et compliqué, heureux et douloureux.
J'avais a peu près 11 ans à l'époque, et ma mère m'avait inscrit au
centre aéré pour l'été. Le premier jour, j'ai fait ce que tous les
gamins font : j'ai maudit cet endroit, pensant que ma mère voulait se
débarasser de moi. Et à la fin de la journée, j'attendais le lendemain
avec impatience.
C'est là que je l'ai vu, Vanessa, petite beauté. J'étais tombé sous
le charme dès la première seconde, avec un instant au ralenti comme
dans les séries américaines (mais si, les cheveux dans le vent pendant
qu'elle parle à ses copines). Dans ma tête, Wayne me disait : "Un jour,
elle sera mienne. Oh oui, un jour, elle sera mienne".
Donc mon but, c'était de sortir avec elle. Et attention, sortir avec
elle à la manière des années 80, c'est à dire : pas de sexe, pas de
bisous dans la bouche, juste se tenir la main et parler de notre avenir
amoureux.
Je ne me souviens plus de certains détails. Par exemple, l'ordre des
choses. Je sais que je lui ai demandé de sortir avec moi, je sais que
j'ai pleuré pour elle pendant une boom, que je pensais qu'elle voulait
sortir avec un autre, et qu'elle m'a remonté le moral près des
balançoires.
Toujours est-il que j'ai pu lui prendre la main...
Oh Vanessa, comme je t'ai aimé. De savoir si toi, tu m'aimais ou non
n'avait pas d'importance, j'étais heureux d'être heureux avec toi. Sauf
que ma bonne conscience m'a fait vite comprendre que tu ne voulais pas
de mon histoire, et que tu voulais être avec un autre, malgré tes
dires... Donc je t'ai laissé partir.
Un an plus tard, je n'étais plus au centre aéré, mais toi si.
Et en plus, cette année-là, c'était juste en bas de chez moi, donc je
venais te voir tous les jours, et te dire que je pouvais passer ma vie
à t'attendre derrière un grillage vert. Sauf que tu n'avais plus du
tout envie de tenter l'aventure avec moi, et même les jours où je
coursais les bus en vélo pour te suivre n'ont rien changé.
Puis un jour, avec mon pote Steeve, j'ai décidé de venir te voir
chez toi, pour te déclarer ma flamme une bonne fois pour toutes. Un
vrai "je t'aime", pas un "je veux sortir avec toi". Sauf que pour te
voir, je devais connaître le code de ton interphone. J'ai passé vingt
minutes à essayer de trouver la combinaison en pensant à des moyens
mémo-techniques, jusqu'au moment où, dans une rage folle, j'ai mis un
coup de poing dans la machine qui a ouvert la porte (Steeve peut
témoigner).
Je me suis présenté devant toi, et tu attendais que les sons sortent
de ma bouche. J'ai tourné autour du pot, je sentais que mon coeur
voulait le dire à ma place, mais j'ai pas osé. C'était notre dernière
discussion.
Aujourd'hui, quand je passe devant chez toi, je me souviens de ces
moments difficiles. A cause de toi, j'ai développé un complexe qui
m'oblige à dire ce que je pense pour ne pas me faire de mal à l'instant
t, mais qui m'en fait à l'instant t+1.
Mais maintenant, j'ose le dire : t'es beaucoup moins belle que dans
mes souvenirs. Comme si toutes les larmes que j'ai versé par ta faute
t'avait fait prendre du poids et des boutons... Dame nature, je te
remercie.
