S11E12 : Somewhere over the f*cking rainbow !

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Cette histoire a commencé par un sourcil levé.
En pleine nuit, je recevais une notification sur mon téléphone me disant que j'avais reçu un snap.

Je le regarde.
Je vois une pote qui vomit "littéralement" un arc-en-ciel.
Et donc, je lève le sourcil, genre "ah ?!".

"Comment a-t-elle fait ça ?"
"Quel est le message ?"

Je me pose ces deux questions, comme un ping-pong mental.

Mais un snap, c'est éphémère. Donc ma réflexion aussi. Ça aurait pu s'arrêter là.

Le lendemain, en faisant ma petite veille numérique, j'apprends donc que Snapchat a mis à jour son application, et qu'en plus de pouvoir ajouter des filtres inutiles (ou des informations aussi importantes que la vitesse ou la température au moment M de la photo), on pouvait désormais donc s'ajouter des yeux en forme de coeur, pleurer comme dans un manga... et donc vomir des arcs-en-ciel.

Et c'était donc le début de la fin.

Une.
Deux.
Cinq.
Vingt snaps plus tard, je n'en pouvais plus.
Des gens, heureux de vomir des arcs-en-ciel. Parce que l'application le permettait.

De la veille, j'avais gardé la question "Quel est le message ?" pour lui rajouter "Quel est l'intérêt ?" et "Mais c'est censé être drôle ?"

Et comme je n'arrivais pas à répondre à ces trois petites choses, je me suis rappelé que oui, je ne comprenais vraiment pas le monde dans lequel je vivais.

Alors oui, dit comme ça, ça sonne comme une blague imagée et légendée habituellement par Futurama et son célèbre "I don't want to live on this planet anymore".
Sauf quand ça devient récurrent, et qu'on a vraiment l'impression d'être toujours en décalage, soit en retard d'un demi-temps plus ou moins long, soit carrément parti dans la mauvaise direction.

Depuis quelques semaines, je me rends compte que ça n'est pas toujours la fête pour moi.
Quand je m'entoure de mes amis, tout va très bien.
On s'amuse, on se crée des souvenirs, on évite même les sujets qui fâchent pour se concentrer sur le fait que c'est bien, d'être ensemble.

Puis je les quitte.
Je reprends mon train pour rentrer chez moi, et je retrouve ce contretemps.
J'ai l'impression que je vais rater le meilleur, que tout va se passer sans que je puisse vraiment le vivre en temps réel.

Et quand j'en fais part à mes amis, je me retrouve dans une position à devoir justifier le pourquoi de ce mal. Le "pourquoi je n'appelle pas quand ça ne va pas". Le "pourquoi je ne vis pas sur Paris". Le "pourquoi je ne suis pas en couple actuellement".

En essayant maladroitement de répondre aux gens ce que je n'arrive déjà pas à formuler quand je suis seul, j'en arrive à la conclusion que de toute façon, tout est forcément de ma faute, et que je n'ai qu'à me bouger un peu, et de suivre le mouvement.

Sauf que voilà, vraiment, je ne veux pas suivre le mouvement si ça veut dire qu'on doit s'envoyer des snaps où, je le répète, on vomit des arcs-en-ciel.
Ou alors si c'est pour dire sur Facebook "Occupons-nous d'abord de nos sans-abris avant d'accueillir des immigrés".

Oui.
Je sais.
Il s'agit quand même de deux extrêmes.

Mais ce sont les seuls exemples qui me viennent à l'esprit à ce moment précis de ce petit récit.
Et que si je creuse plus longtemps, ça va finir par être un vrai règlement de compte avec le monde, et je n'ai pas envie de rejouer la 25ème heure.

Donc voilà.
On est lundi, et je commence la semaine en balançant "juste" ça.
Certains diront que c'est impudique.
D'autres diront qu'il y a bien plus grave.
Quand d'autres ne diront rien, peut-être parce qu'ils n'auront pas été au-delà de la seconde ligne de ce message.

Et en même temps, je m'en fous un peu en fait.
(Ou alors, j'ai réussi à me persuader que je m'en foutais.)

Cet "article", comme beaucoup d'autres, ne demande pas de réponses.
Il est juste là pour dire, "voilà, c'est dit, j'ai laissé une trace quelque part, on ne pourra pas me reprocher de ne pas exprimer les choses".
(Mais en fait si, on me le reprochera, parce que je n'aurais pas pris le temps d'appeler chacun d'entre vous pour faire part de mon mal-être persistant — parce qu'entendons-nous bien, c'est vrai que j'ai envie d'appeler une dizaine de personnes à la suite pour expliquer que ça ne va pas et, of course, ne pas trouver de solutions à ça. Parce qu'on en trouve jamais vraiment dans ces moments là).

Enfin voilà (encore).
Tout ça pour dire aussi que quand vous me demandez si ça va, je suis sincère quand je dis "oui".
Parce que sur le moment, "ça va" vraiment.
Et parce que j'oublie que je vis sur une planète où, à un moment, des gens se sont dit "on va ajouter une fonction qui fait vomir des arcs-en-ciel" et que d'autres gens se sont dit "tiens, je vais utiliser cette fonction parce que c'est drôle".
Ou que des potes d'hier sont des cons d'aujourd'hui.
Et aussi parce que j'oublie à chaque fois qu'au moment où je serai seul, ça n'ira plus.

Et c'est vraiment cool d'oublier ça.

...
Putain d'arc-en-ciel !

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