S12E03 : E(ux) Muet(s)

e-muet

Ça fait un petit moment qu'on ne s'était pas vus, n'est-ce pas ?
Toi comme moi, on a été occupés depuis novembre dernier, et comme à chaque fois, on s'est dit que "demain", on se donnerait des nouvelles.

Donc voilà, aujourd'hui, c'est un "demain" comme les autres, et j'avais envie de te parler une fois de plus d'une des nombreuses idées que je ne ferais pas, par manque de temps. Et avant de t'en donner le nom et les grandes lignes, tu me connais, je vais d'abord te raconter autre chose, parce qu'avec moi, rien ne vient jamais de nulle part.

C'était il y a maintenant plusieurs semaines. J'avais pris avec moi une soixantaine de pages regroupant l'ensemble de mes différents projets en cours d'écriture plus ou moins avancée, pour les présenter à ma pote Diraen, histoire de savoir si j'étais vraiment le génie incompris que je pensais être ou tout simplement un aspirant à la célébrité qui n'a surtout aucun talent.

Si je n'ai toujours pas la réponse à cette question - puisque je n'ai encore fait de concret de tout ça - je me souviens qu'à un moment précis de notre après-midi studieux, j'avais expliqué à Diraen que c'était souvent les titres qui me dictaient mes idées. à bien y repenser, je pense même l'avoir déjà dit à plusieurs reprises sur Twitter lors de mes doutes nocturnes.

Donc voilà, dans mon esprit malade, il est très important que mon titre dise quasiment tout du concept derrière.
Ou, plus vicieux et surtout plus schizophrène, je me dis toujours "tiens, j'aimerais bien voir ce qui se cache derrière une oeuvre au nom pareil". Je m'auto-intéresse à un sujet parce que j'ai trouvé deux ou trois mots qui vont bien ensemble.

Sautons maintenant quelques jours pour en arriver à mercredi dernier.

J'étais là, à me demander s'il n'était pas tant de mettre à jour graphiquement mon blog (même si, soyons honnêtes, personne n'y va de façon régulière - moi le premier). Je griffonnais sur un coin de papier ce que je devais ajouter ou enlever, si je devais intégrer The Headphones Project quelque part, etc. Et comme à chaque fois, je me suis demandé si ce n'était pas aussi le moment pour profiter de cette envie de refonte pour lancer une énième idée rapide à mettre en place, avec un nom de domaine qui dit tout... comme un joli titre.

Mais une fois n'est pas coutume, j'ai été raisonnable. Je me suis rappelé que j'avais beaucoup d'autres priorités, et que ce chantier devrait attendre.

Enfin, ça, c'est pour la théorie, parce que comme d'habitude, la partie curieuse et créative de mon cerveau a continué de fonctionner, en mode veille.

Samedi soir maintenant.

Je suis à l'anniversaire d'une amie.
Il est un peu plus de minuit, il est temps de partir afin de prendre le dernier RER.
Je cherche ma pote pour lui dire au revoir, je la trouve, et elle me dit "Bonne nuit, spri."

C'est difficile à rendre à l'écrit.

Elle n'a pas prononcé "esprit", mais "spri".
Comme beaucoup d'entre vous, quand ce n'est pas "Spraïe".

Comme souvent, je tique à la mauvaise prononciation de mon pseudonyme, mais je ne dis rien. Intérieurement, je constate surtout qu'à ce jour, même mes proches n'ont toujours pas compris que ça ne se dit pas comme ça. C'est open-bar, chacun fait comme il veut.

Depuis toutes ces années où j'ai pris cette autre identité (plus de vingt ans maintenant, dis donc...), j'entends souvent le même reproche : pourquoi ne pas avoir mis de "e" en première lettre ?

Tout simplement parce que je trouvais ça que bien avant l'idée de simplifier tous les mots en langage SMS, j'aimais l'idée d'avoir enlevé le superflu, et que quatre lettres, c'était largement suffisant pour savoir qui j'étais.

Preuve que non.

Enfin voilà, pendant mon trajet de retour ce samedi soir, je me demandais une fois de plus si c'était à moi de m'adapter en ajoutant enfin ce "e" que je considère comme muet à mon "autre nom" (et donc de me prendre la tête pour récupérer les noms de domaines et autres usernames correspondants sur internet), ou si je devais encore faire preuve de pédagogie.

Et me voilà en train de me jouer mentalement avec ce "e muet".

"e".
"muet".
"e... muet".
"e muet !".

Je me dis d'abord que ça serait un angle intéressant pour un nouveau site, genre "e-muet.spry.fr", dans lequel je pourrais jouer sur toutes ces petites choses que j'essaye de dire et que les autres n'entendent pas. L'occasion de dire, de gueuler tout ça, pour qu'une fois encore, personne ne puisse dire qu'il n'était pas au courant, qu'il ne pouvait pas savoir.

J'avais vraiment envie de le faire...
... mais aussi paradoxal que cela puisse être, parler de moi juste pour parler de moi, ça ne m'intéresse pas. Je préfère me livrer en me disant que ça peut surtout servir à d'autres pour se dire "je ne suis pas tout(e) seul(e), quelqu'un vit les mêmes choses que moi."

Et c'est un peu comme ça que "e muet" est devenu dans ma tête "Eux. Muets."

Et ça prenait beaucoup de sens.

Dans mon entourage, je ne compte plus le nombre de personnes qui ne sentent pas comprises. Les mêmes qui parlent avec toi, moi, et qui nous disent "Non, ce n'est pas ça" quand on leur dit ce que nous, on a compris de leur histoire.

Je me suis dit que ça aurait pu être intéressant d'aller voir tous ces ami(e)s, toute cette famille et leur dire "Dis moi ce qu'on ne comprend pas sur toi, je t'écoute, je ne t'interromps pas".
J'aurais sorti un dictaphone, j'aurais enregistré cette conversation, et je l'aurais retranscrite à l'écrit, avec leur accord.

Bien évidemment, je me suis dit que sur "Le Blog Générique", je laissais justement la possibilité à tout le monde de s'exprimer clairement sur tous les sujets. Mais "Le Blog Générique" n'est plus. Et surtout, à l'époque, c'était anonyme.

Là, j'aurais été voir les gens.
Il y aurait eu une vraie interaction.
Et je pense que ça aurait utile pour la personne qui se livre, d'avoir ce sentiment d'avoir été entendu "cette fois-ci".

Ça aurait été vraiment cool de prendre environ deux mois pour faire ça.
Mais je n'ai pas "encore" le temps de le faire.

Au fond de moi, c'est à regret que je temporise cette idée-là. J'ai vraiment l'impression de dire à des personnes que j'aime que ma vie passe très clairement avant les leurs et que je me fous un peu de leur problème d'incompréhension. Ce qui justement l'inverse de ma façon d'être.

À vrai dire, je suis plutôt du genre à me jeter la tête la première dans l'intimité des autres, à m'en laisser vampiriser par leurs problèmes pour me rendre compte que les miens sont minimes.

Mais pas cette fois.
Et ça m'emmerde.

Donc c'est pour ça que j'écris tout ça.

Si moi, je n'ai pas le temps aujourd'hui de me lancer dans un "Eux. Muets.", peut-être que quelqu'un d'autre peut le faire à ma place. Avec un autre nom, une autre forme, je m'en contrefous. J'ai juste envie de me dire que quelque part, j'aurais peut-être incité une personne à écouter un tout petit peu plus les autres, pour raconter ces histoires qui feront dire à d'autres encore "je ne suis pas tout(e) seul(e), quelqu'un vit les mêmes choses que moi."

Chiche ?

Et si ce n'est pas le cas, j'ai envie de dire aux personnes concernées "Attends encore un peu, j'arrive."

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